Mais que peut bien être le Nihilomètre? commençons par une définition !
Le Nihilomètre
De tous temps, l'homme a mis son savoir et son intelligence dans la détermination d'unités, de moyens techniques et pratiques capables de quantifier les différents paramètres physiques qui nous régissent, pour ensuite tenter de les expliquer, de les comprendre. Néanmoins, tout ce qui ne pouvait être ou n'était pas scientifiquement prouvé, relevait de l'invraisemblable, du fantastique, voire même de l'illumination. L'existence et la création de Dieu furent donc nécessaires et utilisées par les religions d'une manière telle qu'elle engendra l'opprobre d'une certaine élite, autant qu'elle favorisa l'expansion artistique. Nietzsche, sur l'ensemble de son oeuvre, lie intimement religion, déité, science et art, aux valeurs de notre civilisation occidentale. Pour lui, la science a subjugué la religion, mais l'art - par l'âge de l'esthétique - triomphera d'elle. On verra que ce rapport embrasse l'essentiel de la vie et amène à des concepts qui n'ont jamais été prouvés jusque là. Comment, dès lors, ne pas penser à engager des moyens techniques pour innover et donc aider à l'approche de la réalité en la distinguant de l'apparence qui, jumelée à la notion du "faux", donne l'illusion. Nous verrons comment le « mensonge » nous sauve de ce triste pas. C'est dans ce but précis que j'émets l'idée de ce « Nihilomètre ».
1. APPORT PHILOSOPHIQUE
De fait, nous sommes contraints d'étudier la conceptualisation nietzschéenne de l'humanité qui nous intéresse, à savoir la « réalité » et ses composantes créées par l'homme. Nietzsche récusera tout au long de sa vie l'existence d'un Dieu et d'un "monde-vrai" suprasensible qui, pour lui, aliène l'homme dans de fausses valeurs morales, limitant sa puissance de connaissance en lui donnant des réponses illusoires et apaisantes à ses ignorances. Les fondements moraux de la société contemporaine sont donc basés sur du factice, ces entités sont vides et l'homme moderne s'en aperçoit. Ce sont les bases du « nihil » ou « rien » en français, que le philosophe allemand ne cessera de critiquer. Les mythes, les superstitions, la drogue : tous ces artifices que l'on invente - pour ne plus voir le néant - sont de même, violemment attaqués. Que valorise-t-il donc? Un « monde-sensible » (la Terre)? Et bien non, le « monde-vérité » ayant été aboli, le "monde des apparences" l'est aussi puisque ce dernier est intégré dans le premier. De ce fait, l'art - de par son l'esthétisme - a « plus de valeur que la vérité »: le « beau », qu'il véhicule, vaut par lui-même sans tenir compte des autres valeurs. La vie n'est donc plus justifiée qu'esthétiquement ; cependant l'art n'est pas vecteur de la réalité, ces deux notions sont antagonistes : " l'art nous a été donné pour nous empêcher de mourir de la vérité". Relatif au « faux » (qu’il ne faut pas confondre avec le nihilisme puisque le « faux » est) il porte la vision d'un "monde en tant qu'erreur ; puisqu’illusoire il s'oppose à la raison. L'illusion est irréversible, l'artiste a donc pour tâche de rendre beau le faux. Son art, dénué de toute connotation autre qu'esthétique, ne peut plus que se perdre et procurer la jouissance de ses congénères en satisfaisant leur besoins festifs. Nietzsche tisse l'apologie du "mensonge" pour permettre à l'homme de supporter l'illusion. La notion de réalité est de ce fait bafouée : " l'homme fait violence à la réalité par le mensonge ". L'artiste doit montrer le "réel" le plus proche qu'il ressente, sans omettre que ce n'est qu'une illusion présentée dans un tout, autrement dit elle n'est "rien". Forts de ces constatations, nous pouvons donc édifier un projet centré sur une machine permettant la quantification du néant - et donc du mensonge - d'une ou plusieurs entités matérielles ou humaines, ainsi nous pourrons analyser la qualité des notions qui traitent de ces dernières. Par ailleurs, on conçoit aisément qu'il est de nos jours impossible de quantifier une notion. Dressons les différentes options qui s'offrent à nous : dans notre cas, nous traiterons le cas d'oeuvres artistiques, notre étude étant basée sur les recherches de Nietzsche.
2. POSSIBILITES DE CALIBRAGE DU NIHILOMETRE SELON L'EVOLUTION HUMAINE
Nous l'avons vu précédemment, c'est à l'artiste de rendre belle son oeuvre. La beauté relève donc de l'intention de l'artiste et non plus nécessairement des canons imposés, le tout en se refusant à céder aux illusions et donc en ayant recours au mensonge évoqué par le "réel" le plus proche. L'avènement des oeuvres représentatives du banal, et donc les plus proches du "réel" tel que nous le vivons et sentons, est donc amorcé. Cependant, cette approche implique une dissolution de la réalité puisqu'elle n'est envisageable que sur un plan "hyper-local". En ce qui concerne nos générations, prenons le cas connu de Marcel Duchamp qui présenta un urinoir comme oeuvre d'art : ce qui montre, par ailleurs, la qualité de l'intuition dont Nietzsche était doté, vu le risible de la situation. Le degré de "néant-matériel" de cette oeuvre face à l'immensité du tout "matériel" peut donc être calculable si l'on approche suffisamment une sonde mesurant le degré de "nihil" de l'oeuvre et en le comparant à d'autres. Nous établirions ainsi une table de mesure du "mensonge". Actuellement, nous sommes dans l'incapacité de mesurer le "néant" ou "nihil" d'un tout. Or, la poursuite de ce but pourrait aboutir dans un futur proche. L'ouverture sur la pérennité est donc une certitude et nous sommes en droit d'imaginer que l'évolution de l'intelligence et de la perception humaine étendra le champ d'action du Nihilomètre à toute notion, qu'elle soit physique, philosophique voire même spirituelle. Une perpétuité est donc acquise pour le Nihilomètre, mais dans l'unique cas du respect des contraintes techniques et conceptuelles. Voyons-les plus en détail.
3. LA TECHNIQUE REQUISE
Dans l'absolu, les techniques pourvoyant à la première génération de Nihilomètre (purement dédiée à la quantification du néant matériel) sont simples, le Nihilomètre n'étant qu'un 'transcripteur' des informations que la sonde « voit' » et transmet. Le problème réside dans l'adaptation des unités, et leur report en unités du Système International. Ces travaux incombent aux ingénieurs qui seront au fait du développement de la machine. L'hypothèse d'inscrire une nouvelle unité, que l'on pourrait baptiser le 'nihil' (ou ni en abrégé ) est envisageable, si différents résultats trouvés sont échelonnés par rapport à une valeur « type » d'une œuvre étalon. Néanmoins, les technologies dont nous disposons à l'heure actuelle n'étant pas suffisamment élaborées, il est impossible de dresser une quelconque esquisse des solutions qui seront retenues pour les évolutions futures du Nihilomètre, adaptables au « tout-matériel » universel puis aux notions.
Dans cette réflexion, nous avons façonné l'ébauche conceptuelle de ce qui pourrait être LE moyen permettant de parvenir à une "vérité" plus pertinente, en ayant les moyens de mesurer le "néant" que l'on rapporte au mensonge. Seules les générations futures parviendront sans doute à ce résultat à force d'abnégation. Par la mesure du « mensonge » d'une notion, peut advenir la réponse à l'existence d'un Dieu qui taraude les hommes depuis tant d'années. Les possibilités permises par le Nihilomètre sont donc infinies, au regard des réponses qu'il apporterait à l'humanité.
Le 26 Mars 2006